6 mai 2017

Chaque année Interfimo nous gratifie d’une étude très complète sur le prix et la valeur des officines.

Il nous parait pertinent de partager avec vous notre analyse sur cette étude, d’en comparer le contenu avec l’étude de l’année précédente et de la mettre en perspective avec le marché de la transaction.

  • Le contexte :
    • L’étude met en avant un contexte positif pour l’économie de l’officine, notant de fortes disparités au sein des pharmacies. Elle apprécie également que les prix sont « stables et raisonnables » d’un point de vue financier,

Notre avis : l’incertitude qui pèse sur le modèle de revenu de l’officine et à plus court terme l’incertitude fiscale sont des facteurs qui accentuent l’inertie dans la transmission. Ajouter à cela une vrai bipolarisation du marché, les pharmaciens manquent de lisibilité quant à la valeur de leur outil et leurs conditions de transmissions.

  • L’environnement :
    • un CA qui stagne et un EBE en baisse du fait de l’augmentation des frais de personnel,
    • la confirmation de la préférence d’exploitation en SEL/SPFPL (1300 holdings actives en 2017),
    • une complexité nouvelle liée aux ventes de parts.
    • les procédures collectives sont stables en nombre et la défaillance reste 2 fois plus faible pour les officines que pour l’ensemble des entreprises en France. On note cependant une augmentation significative des liquidations (+16%).

Notre avis : les moyennes sur l’ensemble des officines n’offrent pas une lecture fidèle de la réalité d’exploitation. Les statistiques des groupements d’experts comptables démontrent que les officines dont le CA est inférieur à 1,2M€ souffrent de manière inquiétante et les conditions de transmission sont très difficiles.

  • Animation du marché :
    • une augmentation des mutations de 7% vs 2015 mais après 4 années de baisse,
    • la vente de parts prend une proportion croissante au dépend de la vente de fonds,
    • les régions de l’arc atlantique, le sud et la région IdF sont globalement plus dynamiques avec 65 à 75 ventes par an,
    • le vieillissement des titulaires de plus de 55 ans s’accélèrent malgré une augmentation des départs à la retraite de 35% vs 2015,

Notre avis : l’animation du marché est loin du niveau nécessaire pour assurer un renouvellement générationnel, d’où la fermeture d’une officine tous les 2 jours. C’est donc par concentration ou disparition que se régule en partie la fin de carrière des titulaires au moins pour 15 à 20% d’entre eux. À noter on est loin d’avoir atteint le pic d’arrivée à l’age de 65 ans des titulaires qui passera de 600 en 2016 à presque 2000 en 2020. Ce phénomène risque donc fort de se renforcer.

  • Prix de cession :
    • un prix stable à 6,2 fois l’EBE Retraité ou PCG (performance commerciale et de gestion),
    • plus le CA de l’officine est important, plus le PV en multiple de l’EBE est élevé avec une dispersion importante sur les extrêmes (pharmacies qui réalisent moins de1,2M€ de CA et pharmacies qui réalisent plus de 2M€ de CA),
    • on note un écart de 15 pts en proportion du CA HT pour les officines de plus de 1,5M€ de CA et celles de plus de 1,5M€ de CA,
    • Régionalement, les régions de l’arc Atlantique et le Grand Est sont les régions les plus valorisées à un niveau supérieur à 80% du CA Hors-Taxes.
    • On note une tendance à la baisse des prix en proportion du CA HT pour les officine de moins de 2M€, l’inverse pour les pharmacies les plus grosses.
    • On note également un tendance à la baisse des prix en proportion du CA HT pour les officines urbaines (centre ville et quartier), là ou les officines de centres-commerciaux et rurales augmentent leur valorisation entre 2015 et 2016.

Notre avis : la bipolarisation du marché se confirme avec deux portraits robots. Celui de l’officine de plus de 2M€ de CA HT localisée en centre commercial ou en ruralité qui semble armée pour demain et les officines urbaines de moins de 2M€ dont la restructuration nécessaire implique une valorisation plus faible. La mutation du marché s’oriente vers une concentration des officines en centres urbains en réponse à une sur-densité officinale.

L’étude conclut sur l’incertitude fiscale post 2017, qu’elle concerne l’impôt sur les sociétés, le CICE, la fiscalité de la vente ou celle des reports d’imposition entre 2 opérations via une holding.

Si nous devions conclure à notre tour, on rappellera volontiers que le prix d’une officine est matérialisé à 90% par sa capacité d’auto-financement (CAF) au moment de la vente et la CAF potentielle dans une moindre mesure. Donc si une officine nécessite des travaux, un ré-ajustement de la taille de l’équipe et de son organisation, cela devra minorer le prix définitif.  Toute survalorisation sera compensée par l’apport de l’acquéreur. Enfin que les primo-accédants ne peuvent généralement pas compenser avec leur apport malgré de plus en plus de mécanismes d’aide à l’installation proposés par les groupements, certains organismes de financements ou même les répartiteurs.

Catégories : Activité de l'officine, Juridique et financementsPar Publié le : 06 mai 20174.1 min de lecture

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