Zoom sur les différentes facettes du pharmacien

Dans un contexte économique et démographique compliqué, il est temps, selon nous, que les pharmaciens d’officine se regroupent pour assurer leur développement et leur survie. Une réflexion qui nécessite un changement de point de vu vis à vis des pharmaciens aux alentours en les considérant comme des confrères plutôt que comme des concurrents. Pourtant, même s’il est clairement identifié qu’il est nécessaire d’arriver à cette logique, bon nombre de titulaires expriment certaines réticences. Grégory Reyes, maître de conférence à l’IAE de Poitiers, nous apporte son éclairage. Ses différents travaux autour de l’entrepreneuriat et les pharmaciens l’ont conduit à mieux appréhender leurs différents profils et leur logique de développement de l’officine.

 

1 – Dans votre article, vous nous parlez de la double identité du pharmacien : entre professionnel de santé et commerçant pour assurer la survie de son entreprise. Qu’est ce que cela implique dans le quotidien du pharmacien ?

De récentes recherches ont finalement démontré que le pharmacien n’avait pas deux identités mais plusieurs facettes :

  • Celle du commerçant
  • Celle de l’expert du médicament
  • Celle de l’acteur de santé de proximité qui soigne, en priorité, les petits bobos
  • Celle du dirigeant qui prend les décisions

Soit autant de facettes qui impactent la pratique de son métier à l’officine et le rôle qu’il va assurer. Tour à tour, il pourra endosser ses rôles dans son quotidien. On est bien d’accord, que c’est un peu le pharmacien idéal que je décris. En effet, il faut aussi être capable d’assurer ses rôles et certains auront plus de facilités en fonction de leur personnalité.

 

2 – Est ce que l’une ou l’autre n’a pas tendance à prendre le pas sur l’autre ? Si oui, plutôt laquelle selon vous ?

La facette du commerçant est celle qui est la moins acceptée par le pharmacien titulaire car cela fait référence à l’épicier qui pour lui correspond à une image négative. C’est un peu un désaveu de son métier. Pourtant, c’est une facette de la personnalité du pharmacien qui est nécessaire encore plus dans le contexte économique actuel. Si effectivement, il y en a une qui prend le pas sur l’autre, ce sera sans doute celle de l’expert du médicament / professionnel de proximité plus valorisante. Mais, cela dépend aussi de la taille de l’officine et de la masse salariale. Ainsi, si le volume d’affaire est important et donc l’équipe aussi, le pharmacien aura tendance, et peut être malgré lui, à endosser davantage son costume de dirigeant. C’est, donc, l’outil mais aussi les choix et les envies du pharmacien qui orienteront la dominance d’une des facettes.

 

3 – Est ce que la dualité des ces 2 identités peut avoir des conséquences sur les choix stratégiques de développement adoptés par le pharmacien ?

Indéniablement, le développement de la pharmacie dépend des différentes facettes du pharmacien car elles impliquent une pratique spécifique du métier et une gestion particulière de l’officine.

 

4 – Nous ressentons certaines réticences du pharmacien lors de problématiques de fusion ou de rapprochement avec d’autres pharmacies, qu’est ce qui explique cela selon vous ?

Cette réticence du pharmacien à se regrouper peut s’expliquer selon plusieurs critères :

  • Générationnel : les pharmaciens plutôt ancienne génération ont tendance à penser que leur officine est leur pré-carré et n’ont pas d’envie de partage. Contrairement aux plus jeunes qui y voient un intérêt pour couvrir le marché.
  • Individualisme : un trait de caractère assez typique des pharmaciens contrairement aux autres professions de santé comme les médecins. Pourtant l’individualisme peut être un risque pour le développement de la pharmacie. Cela est moins vrai pour les jeunes.
  • Peur : peur de l’inconnue, peur de perdre sa liberté. Le pharmacien gérait tout seul son officine donc maitrisait au mieux son outil de travail et était son propre chef. En se regroupant, en gérant l’officine à 2, il a peur de perdre son indépendance.

Pourtant se regrouper permet aux pharmaciens de créer de nouveaux services et de mutualiser des compétences comme la communication, les achats, le management… sans être dépossédé de son outil de travail. Dans l’idéal, travailler à 2 nécessite de trouver un associé complémentaire pour assurer toutes les facettes du pharmacien.

 

5 – Pensez-vous que le pharmacien d’officine pourrait suivre le modèle des pharmaciens biologistes en misant davantage sur une logique de volume et d’échelle pour faire évoluer son officine ?

Actuellement la réglementation n’autorise pas les pharmaciens à se regrouper sous une même enseigne comme les pharmaciens biologistes ou aussi les opticiens. A mon sens, il n’y a pas un modèle économique meilleur qu’un autre. Il y a de la place pour tous les types d’officines. Les grosses pharmacies avec des prix attractifs et compétitifs mais qui auront plus de difficultés à assurer un service de proximité comme par exemple celles situées dans les centres commerciaux. Ou bien, les pharmacies plus rurales qui misent sur le conseil et eux sur la proximité pour une population plus vieillissante. Ces 2 modèles se justifient car ils répondent chacun à des besoins différents et exprimés par les patients.

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