Vente de médicament à l’unité : l’avis d’expert

Jean Paul Lebailly est pharmacien à pluvigner (56) et membre du groupement Pharmavie.

Que pensez-vous du projet de déconditionnement des médicaments ?

Jean Paul Lebailly : Je pense que tout est faisable mais à quel coût, avec quelle traçabilité et surtout pour quelles réelles économies in fine… Selon moi, la vente de médicaments à l’unité est une solution de facilité pour des gens qui n’ont visiblement pas trop réfléchi au problème et qui pour l’heure, ne proposent aucun référentiel pour l’appliquer. Pour autant, cela pourrait avoir un intérêt pour les traitements aigus (anti biotique, anti inflammatoire, anti diarrhéique).

Justement, comment pensez vous que cela puisse s’organiser ?

Jean Paul Lebailly : Les laboratoires peuvent créer des conditionnements spécifiques, en 1000 comprimés prédécoupés par exemple. Mais ils devront changer leurs processus industriels. On peut aussi imaginer adapter les automates des pharmacies qui en sont équipées, ce qui est mon cas. Aujourd’hui, ces machines gèrent des boites. Ne pourraient elles pas distribuer des cachets à l’unité demain ? Les pharmaciens peuvent aussi être mis à contribution pour effectuer le déconditionnement en interne, avec les risques que cela comporte.

Quelles seraient selon vous les principales contraintes du déconditionnement en pharmacie ?

Jean Paul Lebailly : Elles sont nombreuses… Imaginons qu’un patient pousse la porte de ma pharmacie avec son ordonnance. Je récupère dans mon automate la boite de médicaments que je déconditionne. Combien de temps cela va me prendre ? Quelles mesures d’hygiène devra t-on respecter ? Sur quel support faudrait-il notifier le numéro de lots pour gérer la traçabilité ? Combien serons-nous rémunérés pour effectuer ces tâches ?

Et le principal risque ?

Jean Paul Lebailly : Personnellement, je pense que le plus gros risque est lié à l’erreur. Nous sommes certifiés ISO 9001 et avons travaillé dur pour l’obtenir. En déconditionnant de quelque façon que ce soit, on multiplie de fait les risques de confusion.

Pourtant, d’autres pays comme la Nouvelle Zélande, les Etats-Unis ou encore l’Angleterre pratiquent déjà efficacement le déconditionnement. Pourquoi cela serait il plus compliqué en France ?

Jean Paul Lebailly : Prenons le cas de l’Angleterre. Le patient passe à l’officine le matin déposer son ordonnance et vient la récupérer le soir. Pensez-vous vraiment que les Français vont se plier à cette contrainte ?

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