Rétrocessions : chronique d’une fin annoncée (1/2) ?

Illégales mais tolérées, les rétrocessions entre pharmaciens font depuis plusieurs mois l’objet de nombreuses conjectures.
Quand les autorités semblent s’orienter vers la fin de leur tolérance, des syndicats professionnels militent au contraire pour leur légalisation. Pour tous les pharmaciens, les conditions d’achat sont devenues un enjeu majeur et le devenir des rétrocessions est naturellement au coeur de vos préoccupations. Aussi PHAREXCEL a souhaité vous laisser la parole dans deux articles successifs, consacrés au total à quatre témoignages de pharmaciens. Nous les remercions vivement d’avoir accepté de partager leur expérience et leur réflexion sur cette problématique.

 

Témoignages de Mr L.

Mr L, vous faites partie des pharmaciens qui pratiquent les rétrocessions, qu’allez-vous faire désormais ?

Mr L : je vais arrêter les rétrocessions ! Pour l’instant, tout le monde rétrocède, tout en sachant que ce n’est plus toléré, et qu’il va donc falloir cesser. Personne n’est serein. Dès qu’il y a une inspection, tout le monde arrête les rétrocessions pendant un mois, puis reprend.

Quelles alternatives entrevoyez-vous ?

Mr L : il y a deux solutions. Soit je continue seul mais je n’aurai plus les mêmes conditions d’achat, soit on réussit, avec quelques confrères, à créer une SRA simplifiée. La problématique n’est pas la même pour toutes les pharmacies. Les grosses pharmacies qui sont reçues par les labos n’ont jamais eu besoin de rétrocéder : elles signent des contrats annuels individuels mais négocient ensemble les conditions d’achat et représentent une puissance d’achat suffisamment importante. Les petites pharmacies, elles, sont obligées de signer avec les représentants des labos qui viennent les voir… ou doivent s’organiser, ce qu’il va désormais falloir faire de façon formelle. Parce que c’est très simple, pour survivre, les petites pharmacies doivent à la fois se grouper et cesser d’être dans l’illégalité. D’autant que les pharmacies discount, elles, sont regroupées et bien organisées…

Que pensez-vous des SRA ?

Mr L : qu’il s’agit certainement d’une bonne solution ! Mais jusqu’à une période récente, les Structures de Regroupement d’Achat étaient mal vues des labos. Dans le cadre d’une SRA, ces derniers discutent avec une société et non plus un pharmacien, et puis ils craignaient peut-être, d’autre part, des surenchères de remises. On sait qu’a priori les labos ne négocient pas avec les SRA trop petites. Alors est-ce qu’ils vont resserrer les remises et accepter de diminuer les volumes nécessaires pour bénéficier de ces remises ? On l’ignore encore.

De nombreux pharmaciens écartent la solution de la SRA en raison de son coût, qu’en pensez-vous ?

Mr L : c’est un problème clé. C’est pour cette raison que les grossistes ont décidé de jouer le jeu et proposé de devenir une interface entre les SRA et les labos pour que les SRA ne soient pas contraintes d’embaucher une personne supplémentaire. Mais cela représente un coût également non négligeable : environ 5% de la commande !

Face à ces perspectives, quel avenir pour les plus petites pharmacies ?

Mr L : les pharmacies les plus impactées par la fin d’une certaine tolérance des rétrocessions sont celles qui réalisent un chiffre d’affaires inférieur à 1,5 million d’euros. Que vont devenir les petites pharmacies qui, implantées dans des zones rurales, sont déjà confrontées aux départs des médecins ? Si elles sont en plus étranglées au niveau des achats, elles disparaîtront ! Il y a là un choix politique à assumer, car on ne revient jamais en arrière…

 

Témoignage de Mr P.

Mr. P, vous faites partie d’un regroupement informel qui pratique les rétrocessions entre vos huit pharmacies ; maintenant qu’il va semble-t-il être mis fin à la tolérance des rétrocessions, que comptez-vous faire ?

Mr.P : nous n’allons pas bouleverser notre mode de fonctionnement. Tout d’abord, on va essayer de travailler de façon plus individuelle. Ca va être envisageable de se débrouiller tout seul pour certains produits et avec certains laboratoires, quitte à payer un tout petit peu plus cher. Mais pour d’autres, on ne pourra pas faire autrement que de continuer à acheter via notre groupement informel de 8 pharmacies. Et donc, de continuer les rétrocessions. S’il y a des sanctions, on verra.

Vous n’avez pas envisagé une alternative avec vos confrères ?

Mr P: si, nous en avons discuté, mais parmi nous, la majorité a rejeté l’option SRA. Disons que se regrouper de façon plus formelle impliquerait en effet un coût que l’on ne peut tout simplement pas supporter.

Pourquoi ?

Mr P : c’est très simple, d’emblée nous avons naturellement envisagé de créer un GIE puis une SRA, mais celle-ci implique d’assumer à la fois un nouveau local pour stocker les produits et l’embauche d’une personne supplémentaire pour la réception des produits, qui sont ensuite à dispatcher puis à refacturer à chacun. A 8, et nous sommes des pharmacies de taille moyenne, l’investissement n’était pas rentable.

Quelles sont selon vous les conséquences possibles de l’arrêt des rétrocessions ?

Mr P : le risque, et chacun le mesure, c’est que les petites pharmacies ne parviennent pas à s’en sortir, alors qu’elles sont déjà confrontées à la désertification médicale. Quel est le sens de ce nouvel épisode susceptible d’affaiblir les pharmaciens ? Ouvrir la porte à la grande distribution ? Nous verrons, mais la mort des rétrocessions n’est d’ailleurs, aujourd’hui, pas si certaine !

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