Rémunération des pharmaciens : l’avis d’expert

Yannick Piljean, expert-comptable, Cabinet Cohésio, bureau de Vannes (56)

Que pensez-vous de la réforme du mode rémunération des pharmaciens ?

J’y suis favorable depuis plus de 10 ans ! Je pense depuis longtemps qu’il faut complètement déconnecter la rémunération des pharmaciens du prix des médicaments. Selon moi, le pharmacien devrait être rémunéré sur les service qu’il rend, il devrait donc percevoir des honoraires hors taxes, à l’instar des médecins. Le problème de la réforme actuelle, c’est qu’elle ne tranche pas dans le vif. Dans notre pays, on ne remet jamais tout à plat. Le gouvernement y va à dose homéopathique…

Quels impacts pensez vous que cette réforme aura sur la santé financière des pharmacies ?

Toutes les pharmacies ne seront pas logées à la même enseigne. Et il y aura, sans doute, plus de perdants que de gagnants. Avec le nouveau système, délivrer une boite de paracétamol rapportera au pharmacien, d’ici 2 ans, 1,03 euro contre 77 centimes aujourd’hui, pour le princeps, et pour le générique, 1,40 euro ou 1.48 euros contre 1.54 aujourd’hui, si le plafonnement des remises sur le générique s’avérait être de 40% ou de 50% . En revanche, la rémunération liée à la délivrance d’une boite de Sutent 50 va passer dans les mêmes délais de 304,63 à 98,43 euros. Les officines qui tireront leur épingle du jeu seront celles implantées dans les grands centres commerciaux, à fort trafic de passage et qui délivrent principalement des médicaments liés à ce que j’appelle la « bobologie ». Ce sera plus compliqué pour les petites pharmacies situées en zones rurales, lesquelles connaissent déjà plus de difficultés.

Comment les pharmaciens peuvent ils s’adapter à ce changement ?

Je pense que le nombre de pharmacies en France va inéluctablement baisser. Il y aura moins d’officines, mais elles seront de plus grosses tailles. Aujourd’hui, c’est l’Etat qui administre la marge ! On le voit bien : Introduction des honoraires dans la rémunération – Incitation à la dispensation de génériques mais encadrement des remises sur achats de ces produits. Les champs d’actions des pharmaciens sont donc limités. Ils ne peuvent agir que sur leurs effectifs et sur leurs frais fixes. Les nouvelles missions ne génèreront pas de marge nette, sauf à augmenter le temps de travail des titulaires. Les dépôts de bilan et les fermetures ont déjà commencé dans les grandes villes. Pour que les petites pharmacies rurales subsistent, et permettent l’optimisation de l’accès au médicament, préconisé par l’article L 5125-3 du Code de la santé publique, il faudrait autoriser les pharmaciens à avoir deux à trois officines, dans leur zone d’influence, une principale dans le chef lieu de canton et une « annexe » ou deux, dans les communes périphériques, pour assurer ce service de proximité. Le regroupement de licence peut aussi être une possibilité financière, par les fusions des licences entre officines. Les regroupements communaux sont la réalité du moment.

 

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