PRIX ET VALEURS DES PHARMACIES

Notre point de vue sur les conférences et études présentées à PharmagoraPlus 2018.

Le mois d’avril a nourri l’univers de la pharmacie de nombreuses publications et conférences organisées autour du salon professionnel PharmagoraPlus à Paris. Dans ce cadre, PHAREXCEL a pu participer à la conférence CGP ainsi qu’à la présentation de l’étude Interfimo sur les « Prix et la valeur des pharmacies », édition 2018. Il nous a paru opportun de revenir sur ces deux références de la profession concernant la valeur des officines, et de vous donner notre point de vue.

Pour rappel, ces chiffres traitent de l’année 2017.

 Toute analyse économique nécessite au préalable d’en dresser le contexte. Là-dessus tous les experts s’accordent :

–       le réseau est en pleine mutation avec une tendance lourde à la restructuration, à la concentration et au regroupement ; voire à la disparition des plus petites officines, indifféremment en secteur urbain ou rural.

–       le vieillissement de l’âge moyen des titulaires: le « papy boom » aura bien lieu et sera plus que jamais effectif en 2020, quand le nombre annuel de titulaires atteignant l’âge de 65 ans triplera (source ONP 2017).

–       l’activité est stable, comme le sont les marges et l’EBE dans leur globalité.

 Dans ce contexte :

–       le nombre de mutations (vente de fonds ou de parts sociales) est en accélération (+9%), porté régionalement par une croissance forte dans le Nord et Nord-Ouest.

–       le départ à la retraite reste le moteur essentiel de ces mutations (87%).

–       l’EBE retraité ou reconstitué devient définitivement la référence pour le prix de cession, et il progresse légèrement à 6,3 fois l’EBE en 2017 contre 6,2 fois en 2016.

–       l’Est et le Sud de la France pondèrent à la hausse ce chiffre (Grand Est, Corse, PACA et Occitanie ayant des prix de vente supérieurs à 7 fois l’EBE retraité, tout en représentant 20% du volume des mutations ! ).

–       la dispersion liée à la vente des « grosses » officines (qui représente une vente sur quatre) affecte ces moyennes. Cependant en dehors de ce phénomène le marché est plus homogène qu’il ne l’était il y a 10 ans.

–       la corrélation entre rentabilité et prix de vente est établie depuis 2015.

–       la stabilité des prix en pourcentage du CA HT (76%) ne permet pas de représenter la bipolarisation du marché entre petites et grandes officines.

–       on peut noter un CA « pivot » autour de 1,6M€HT : les prix baissent pour les pharmacies en-dessous de cette marque, les prix augmentent pour les pharmacies au-dessus.

–       en comparaison avec 2016, les prix des officines de centres commerciaux progressent de manière importante là où celles des centres-villes sont stables, et celles de quartier ou en ruralité baissent.

Le besoin de renouvellement des titulaires (et du réseau officinal) couplé à un manque d’apport pour les candidats repreneurs, pose un challenge critique pour la profession. Faute de solutions et de pro-activité sur ce sujet, la valeur des officines s’auto-corrigera à la hauteur des moyens des porteurs de projets, la banque ne souhaitant pas compenser ce manque de capital par une prise de risque plus élevée. Alors l’offre excèdera bientôt la demande de manière plus structurelle et généralisée, ce qui affectera immanquablement la valeur des officines de manière drastique.

Face à ce défi, Interfimo et CGP ont à leur manière listé les mécanismes déjà existants, mais ont exprimé leur souhait vers plus de créativité, voire de flexibilité des instances professionnelles pour pallier cette situation.

On peut questionner dans toutes ces approches statistiques le choix de la « moyenne » comme représentative de la réalité. La problématique de la notion de « moyenne » est d’avoir été trop facilement adoptée et de façon assez floue dans le langage courant. En effet la distribution étant largement biaisée par de toutes petites opérations ou par des très grosses, le choix de la « médiane » semblerait parfois plus approprié – notamment pour les chiffres régionaux où le nombre d’évènements reste inférieur à 100.

Le deuxième écueil à notre sens, provient du retraitement très aléatoire de l’EBE par les pharmaciens ou par leur conseil. En effet l’EBE référent n’est pas lissé sur plusieurs années donc son caractère plus aléatoire fragilise toute approche financière, et par là le financement même d’un dossier de reprise.

Nous devons malheureusement parfois justifier auprès des pharmaciens notre estimation de prix en comparaison avec ces moyennes, alors qu’elles ne constituent pas toujours une référence selon les cas de figure.

Dans un contexte actuel dans lequel l’offre et la demande sont déséquilibrées, les pharmaciens cédants devront faire preuve d’une plus grande implication en s’interrogeant sur les conditions minimums de reprise, plutôt que simplement sur un prix de cession.

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