Newsletter N°1 Phar-Excel - Mars 2011

Des pharmaciens victimes de la crise... ou de leur endettement ?

De nombreux médias se sont fait l'écho, le 21 février dernier, de la lettre de mission adressée par le nouveau ministre du Travail, de l'Emploi et de la Santé, Xavier Bertrand, à l'IGAS (Inspection générale des affaires sociales) et relative "à l'évolution des modes de rémunération des pharmaciens d'officine".


Le rapport de l'IGAS doit être remis au ministre au plus tard le 30 avril prochain. En attendant, la « crise » des officines et son corollaire, l'inéluctable baisse annoncée de la rémunération des pharmaciens d'officine demeure sur toutes les lèvres...


Le point avec Alix Garnier, pharmacien et spécialiste de la transaction d'officines depuis plus de 20 ans.


La plupart des Français n'ont découvert la « crise » touchant les officines que le 21 février dernier, les médias prédisant tout à coup une avalanche de dépôts de bilans et une inéluctable paupérisation des pharmaciens.


Avec le recul qu'autorise votre expérience, qu'en pensez-vous ?

Alix Garnier :

Les pharmaciens d'officine, eux, s'inquiètent à juste titre depuis plus longtemps... A Pharmagora, l'an dernier, un cabinet d'analyse annonçait déjà lors d'une conférence que près de 50% des pharmacies en France avaient un bilan dans le rouge ! Deux régions étaient présentées comme les plus touchées : la région parisienne et le sud.


Et qu'en est-il réellement ?

Alix Garnier :

Les petites pharmacies en région parisienne souffrent effectivement d'un réel problème économique. Jusqu'à présent, certains tenaient le coup en dégageant entre 70.000 et 100.000 euros de revenus bruts. Mais il y a effectivement aujourd'hui des pharmaciens d'officines à Paris qui travaillent 70 heures par semaine et qui n'arrivent tout simplement plus à gagner leur vie !


A quoi est-ce dû ?

Alix Garnier :

Quand le chiffre d'affaires baisse cruellement et que l'on est néanmoins contraint de rembourser son emprunt pour une officine achetée beaucoup trop cher... on plonge. Faute d'une taille critique, on meurt désormais dans notre métier où les frais fixes sont élevés, d'autant qu'une petite officine ne peut obtenir de bonnes conditions commerciales. Soyons lucides : dans ces conditions, seules les grosses officines, avec un chiffre d'affaires suffisamment élevé peuvent tirer leur épingle du jeu, car il est indiscutable que les marges ont baissé. Et ce, d'environ 10 points en une vingtaine d'années.


Faut-il vraiment s'attendre à une avalanche de dépôts de bilans ?

Alix Garnier :

Quand ils annoncent une catastrophe, les médias oublient de préciser que les pharmaciens connaissent déjà la crise et que les dépôts de bilans ont commencé... dans les années 90 ! Pourquoi ? Parce que les pharmacies ont été trop longtemps surcotées et le sont d'ailleurs encore dans certains cas. Nous sommes là au coeur du problème que révèlent ces dépôts de bilan ! Trop de pharmaciens tentent de vendre un chiffre d'affaires... Alors que l'acquéreur, lui, ne doit acheter qu'une rentabilité. C'est mon crédo depuis 20 ans, je n'ai jamais cillé face à l'envolée des prix et les quelque 200 pharmaciens que j'ai installés ne s'en sont évidemment jamais plaints !! Car, enfin, on ne peut pas vendre 3 millions une pharmacie qui n'affiche une rentabilité « que » de 1 million ! Mais certains vendeurs continuent d'ignorer cette vision du business et de la transaction... tout comme certains cabinets d'ailleurs !


Que souhaitez-vous dire aux jeunes pharmaciens qui vont s'installer ?

Alix Garnier :

Certains cabinets de transaction ont leur part de responsabilité dans cette crise.  Aussi, surtout, n'achetez pas n'importe quoi ! Plus que jamais, un audit indépendant et complet de l'officine que l'on souhaite acquérir doit permettre d'en faire une photographie objective et rationnelle. Aujourd'hui, c'est un élément vraiment incontournable de l'étude à mener avant l'acquisition, surtout si c'est la première... que l'on ne peut pas rater !

Vous qui êtes à la tête d'un cabinet de transaction depuis 20 ans, quel enseignement tirez-vous de cette crise ?


Alix Garnier :

Avant de me lancer dans le conseil en transaction, j'ai été moi-même dans une officine... Et je me dis qu'il faut vraiment être très confiant envers la personne qui tient quasiment votre avenir de pharmacien entre ses mains en vous proposant telle ou telle affaire ! C'est la raison pour laquelle j'ai toujours défendu une approche personnalisée, rassurante pour le jeune pharmacien et extrêmement rationnelle face aux chiffres. Car il reste de très belles pharmacies, que suivent attentivement les consultants de Phar Excel, eux qui sont quotidiennement sur le terrain au contact des pharmaciens... !



Alix Garnier est interviewée par Soazick CARRE - Agence Studiotic - http://www.studiotic.fr